PRÉSIDENTIELLE 2019 (J -25) : [Profil 1/5] Pr Issa Sall, l’inconnu de Serigne Moustapha

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Professeur Issa Sall a l’avantage et l’inconvénient de porter les couleurs du Pur, un parti qui a fini de prouver sa capacité de mobilisation, mais qui se confond à un nom : Serigne Moustapha Sy, leader du mouvement des moustarchidines. Le candidat devra aussi relever le défi de la notoriété et du charisme.

« Révolutionner le charisme »
Parmi tous les candidats à la présidentielle de 2019, il est le moins connu des Sénégalais. Le professeur El Hadj Issa Sall a donc un défi majeur à relever : se faire connaitre et apprécier des électeurs. Une tâche loin d’être facile face à un président sortant déterminé à avoir un second mandat et un Ousmane Sonko, jeune leader du Pastef, qui a fini de bousculer la hiérarchie politique du pays. La mission du porte-étendard du Parti pour l’unité et le rassemblement (Pur) s’avère d’autant plus ardue qu’il est aussi le moins présent sur le terrain politique et médiatique. L’homme entend faire la politique autrement, selon ses proches.

Fondateur du l’Université du Sahel, cet informaticien arbore le costume d’un acteur politique nouveau, celui qui a une profession et un emploi et qui n’a donc pas le temps des réactions tous azimuts. Ce qui le rend moins visible sur les médias. Décrit comme travailleur et compétent, c’est lui qui, de 1993 à 2012, traite les résultats des élections pour le compte du Conseil constitutionnel. Une connaissance du parrainage qui lui a permis de relever rapidement les « pièges » de l’opération et de réussir le passage avec brio.

Mais El Hadj Issa Sall pèche surtout par manque de charisme. Il est tout sauf un as de la communication. L’homme est certes modeste, accessible et toujours souriant, mais il n’a pas un discours captivant. Il ne mobilise pas de par sa propre personne. « La force d’Issa Sall se limite à celle du Pur », relève un observateur politique. Du côté de son parti, on dit vouloir ignorer les beaux discours pour miser sur d’autres qualités. « Nous voulons révolutionner le charisme politique. On pouvait le fabriquer comme les autres. Mais, pour nous, le charisme, c’est sur les compétences et les valeurs, et non de la pacotille », rétorque le secrétaire permanent, Khalifa Mbodj. Si l’on en croit ce dernier, la force d’Issa Sall est qu’il est juste, travailleur et compétent.

« Parti-dahira »
Secrétaire général national du Pur, Pr Issa Sall porte le titre de coordonnateur. Il est donc le numéro deux de cette formation politique, derrière le président, Serigne Moustapha Sy, guide moral des moustarchidines. Même si ce dernier n’a jamais manifesté une volonté d’être candidat, il n’en demeure pas moins que le parti se confond à son image.

Le candidat est donc vu comme agissant par procuration. « Il traine derrière lui l’ombre de Serigne Moustapha », relève un analyste politique. En fait, dans l’imaginaire populaire, le Pur est un parti-dahira, composé uniquement de disciples de Serigne Moustapha Sy. « C’est une donnée objective, constate Mbodji. Serigne Moustapha est le président du parti et le guide moral du dahira. Les gens se disent, naturellement, que le parti est le dahira. C’est parce qu’ils ne comprennent pas que parmi les responsables, il y a des chrétiens et d’autres croyances. »

Cette confusion, le candidat Issa Sall est le premier à vouloir la déconstruire. Ainsi, l’ancien élève du lycée Charles de Gaulle de Saint-Louis rappelle que la Constitution n’autorise pas un parti fondé sur des considérations ethniques, religieuses et géographiques. Selon lui, en plus de réunir plusieurs confessions, le Pur se déploie dans tout le Sénégal. « Il y a des gens qui se réclament Mbacké-Mbacké, on les a devancés à Touba, lors des élections (législatives de 2017). L’Apr nous a vaincus à Tivaouane. Si c’était une affaire de religion ou de confrérie, on allait être les premiers », se défend-il.

Désigné tête de liste du parti lors des législatives de 2017, Issa Sall a été élu député avec deux autres de ses camarades. Le Pur a été d’ailleurs la révélation de ce scrutin. Mais son poste de parlementaire ne l’a pas propulsé au-devant de la scène. Son débit lent et son ton mesuré font que ses déclarations sont fondues dans le brouhaha de l’Assemblée.

Pourtant, Pr. El Hadj Issa Sall est loin d’être un novice en politique, encore moins le dernier venu du champ. En 1996 déjà, il était le 1er vice-président du Conseil régional de Fatick. A l’époque, le Parti socialiste voulait faire la promotion des cadres issus du monde rural. C’est ainsi que l’enfant de Tataguine, qui n’avait jamais fait de la politique auparavant, a été bombardé à ce poste. Mais la formation de Diouf ne lui convenait pas trop. Le mathématicien ne pouvait, souffle-t-on, s’accommoder de la logique clientéliste au sein de l’équipe dirigeante.

Public, privé
En 1998, le Pur est lancé par un nommé Khalifa Diouf, peu connu du grand public. Cet ancien garde du corps de Me Wade en était le secrétaire général et Issa Sall le coordonnateur. Khalifa Diouf a été retrouvé mort, ligoté dans sa salle de bain. Depuis, le parti est tombé en léthargie. Au point que lorsqu’il a été redynamisé à la veille des législatives de 2017, beaucoup pensaient que c’est une nouvelle création, même parmi les acteurs politiques. « Certains qui nous ont rendu visite nous ont sous-estimés, pensant même que nous sommes un mouvement et non un parti. D’aucuns nous ont même demandé de les soutenir sans contrepartie, comme si c’est nous qui sommes demandeurs », sourit Pr. Sall dans un entretien.

Fils d’un traitant, Issa Sall était un passionné des calculs. « J’aimais beaucoup les maths », dit-il. Après le Bac série C, avec mention « Assez bien » et une formation en électronique à l’Ucad, l’étudiant a bénéficié d’une bourse pour terminer ses études aux États-Unis, d’où il rentre avec un doctorat.

De retour au pays, il entame une carrière dans l’Administration. Mais, très tôt, il trouve le rythme de travail pas assez dynamique, pendant que, lui, l’ingénieur qui porte des caisses, se fait stigmatiser par ses collègues. Il démissionne et rejoint le privé. Son sens de l’entreprenariat sera couronné des années plus tard par une école en informatique puis l’Université du Sahel, l’une des plus prestigieuses de l’enseignement supérieur privé sénégalais.

Cependant, il faudra sans doute bien plus pour être président de la République du Sénégal.,

Auteur: Pathe DIAGNE

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